A la télé ce soir – Purebato! Pressure Battle!

Bonjour !

Dans ce 3e épisode de « A la télé ce soir », je vais parler d’une autre émission que j’aime beaucoup beaucoup : Purebato!

プレバト!!(Purebato!! – ce titre n’a aucun sens, c’est l’abréviation de プレッシャーバトル « Pressure Battle! ») – jeudi à 19h00 sur MBS TV

 

Cet article ne risque pas de déchainer les foules, puisque Purebato! traite principalement de deux arts japonais : les haiku et l’ikebana… pas vraiment des sujets qui intéresse la jeunesse francophone et japonophile mais je vous assure, c’est très chouette !

Bref ! Le haiku (俳句) est connu mondialement : ce sont des poèmes japonais écrits sous la forme 5-7-5 (5 syllabes puis 7 puis 5, quoique dans la pratique il est possible de faire du 5-5-7 ou 7-5-5 ou 5-12 ou 12-5 quand on fusionne).

L’ikebana (生け花) c’est l’art d’arrangement floral japonais, qui a lui aussi ses propres codes.

 

L’émission Purebato! est présentée par deux animateurs : un célèbre comique Hamada Masatoshi (浜田雅功) et la présentatrice Toyosaki Yurie (豊崎由里絵). Si le commentateur est pas mal bavard et fait des blagues, taquine les invités, la présentatrice elle…. Je crois qu’à part dire des trucs genre « Et voici le haiku classé 3e ! » elle ne pipe pas un mot de l’émission…. Gros snif.

Bref, Purebato! se déroule sous forme d’un concours qui oppose des artistes divers (geinou-jin 芸能人), en général ils sont 6 ou 7. Elle se découpe en deux parties.

 

Première partie : battle de haiku

L’émission commence invariablement par la partie « haiku » où les artistes doivent composer un haiku avec un thème imposé (et forcément en fonction de la saison dans laquelle on se trouve).

Faire un haiku, ce n’est pas décrire la photo mais plutôt réfléchir et créer un monde, transmettre un sentiment avec des mots, donc ils peuvent s’éloigner largement de ce qui est représenté (ex : le shinkansen en été permet d’évoquer les vacances d’été des petits enfants qui vont dans le village de papi et mamie…)

Les invités sont jugés par Natsui Itsuki (夏井いつき ou Natsui-sensei ou Nacchan pour les intimes), une (célèbre ?) poétesse japonaise qu’on aperçoit ci-dessus. Apparemment elle est surnommée « Professeur langue de vipère » 毒舌先生) parce qu’effectivement elle adopte dans l’émission un personnage cassant, mais elle a l’air tellement adorable et quand il y a des compliments à faire elle n’est pas la dernière !

 

C’est elle qui décide si l’auteur des haikus a du talent (sainou ari 才能あり), si c’est un haiku très simple et sans intérêt, son auteur est dit « médiocre/ordinaire » (bonjin 凡人) ou si l’auteur est juste nul et n’a pas de talent (sainou nashi 才能なし), ce qui est bien sûr trop la honte quoi. Dès le début on sait combien il y a de « talents » de « gens normaux » ou de « sans talents » parmi les invités, mais on ne sait pas qui occupe quelle place.

En bleu : 2 personnes avec du « talent » / En orangé : 1 personne « banale » / En rouge : 2 personnes « sans talent »


C’est seulement à la fin qu’on sait qui a écrit le meilleur et le pire haiku entre les deux restants.

 

Une fois qu’on connait le classement d’un des invités de l’émission, on nous montre son haiku, l’invité explique ce qu’il a voulu transmettre et Natsui-sensei donne une note sur 100 et donne des corrections en expliquant les codes des haiku (ce qu’on a le droit d’écrire, de quelle manière…).

Un haiku sur les feux d’artifice

Cette partie est super intéressante, même pour moi qui suis loin de maitriser la langue, j’arrive à apprécier le choix des mots, et j’aime écouter les artistes expliquer ce qu’ils ont voulu exprimer. On en apprend beaucoup sur la culture japonaise et sur les sentiments qui peuvent traverser les invités et qu’ils transmettent, quand on leur montre une photo de la campagne, des tournesols, des feux d’artifice, de yukata etc et qu’ils composent sur ces thèmes

Je suis loin de comprendre les subtilités des haiku et ne connait pas très bien ses codes, surtout en ce qui concerne l’utilisation des particules, mais ne serait-ce que pour le vocabulaire, ça permet de l’enrichir. Et depuis que je regarde cette émission, je comprends un peu mieux ce qui est nécessaire et ce qui compose un joli haiku, donc ça fait plaisir~

* un mot de saison : indispensable et placé n’importe où, en lisant ce mot en sait à quelle saison se situe l’action. Un faux-pas impardonnable serait de placer un mot de saison de printemps avec un mot d’une autre saison, par exemple écrire « cerisier » et « neige » dans le même poème

* à la lecture, on doit sentir qu’il y a deux parties dans le poème

* plutôt que décrire ce qu’on ressent, on écrit ce qui est vu, les odeurs, les couleurs, le toucher… il ne faut pas être dans le descriptif pur mais laisser l’imagination du lecteur faire le travail

* il faut éviter le superflus : le haiku est très court en soi, aussi il ne faut pas répéter la même idée plusieurs fois (comme parfois le verbe « voir » inutile car suggéré par d’autres mots)

Explication de l’erreur commise dans ce haiku : il faut éviter les mots descriptifs. Ici on remplace « disperser » par « courir ».

 

Dans Purebato !, ce n’est pas nécessairement les invités les plus âgés qui écrivent les meilleurs haiku, au contraire. Certains musiciens (ou chanteur ?) dans un groupe de Pop-rock japonais assez connu écrivent aussi de très bons haikus alors que d’autres invités plus âgés sont très mauvais.

 

 

Deuxième partie : les élèves qui se la pètent, les « tokutai-sei »

Une fois qu’on sait si les invités présents ont écrits de bons ou mauvais haiku, on passe à un/parfois deux invités présents à chaque (ou presque) émission : ce sont les tokutai-sei 特待生 ou ici « les élèves les plus doués dans lesquels on place tout particulièrement un espoir ». Les invités s’étant le plus démarqués et ayant fait de très bons haiku dans des émissions précédentes sont jugés à part et doivent grimper des échelons, allant de « élève spécial niveau 5 à 1» à « expert niveau 1 à ….. (chiffre inconnu) » puis « maître enseignant ».

Si le haiku proposé est bon, alors l’élève monte d’un échelon (One rank shoukaku ワンランク昇格)(parfois l’élève monte de deux échelons si le haiku est très bon) ou si le haiku est trop moyen par rapport à ce qu’attendait Natsui-sensei, l’élève reste à l’échelon où il est (genjô iji 現状維持)(et là c’est trop la déprime, surtout si l’élève a fait une erreur de débutant…).

Va t’il grimper d’un échelon ou baisser d’un échelon ?

C’est une partie que j’aime aussi beaucoup dans Purebato !, car un de ces élèves (Umezawa Tomio 梅沢富美男, chanteur et acteur de 65 ans) est particulièrement doué et en profite pour juger de manière condescendante les autres invités, prend des airs offusqués quand il voit un haiku qu’il juge mauvais et explique pourquoi il est mauvais, c’est très amusant ^^

Ce qui est aussi drôle c’est que de son côté Natsui-sensei est complètement insensible à sa familiarité et n’hésite pas à être totalement cassante avec lui voire menaçante quand il se trompe et donne de fausses explications. La relation entre ces deux-là, les autres invités et avec les présentateurs de l’émission est vraiment super amusante à voir Et en plus de cela, les haikus qu’il écrit sont vraiment très jolis, et il utilise parfois des mots anciens, des kanjis rares ou des formulations désuètes, ce qui est un plaisir quand on étudie le japonais.

Umezawa Tomio (qui est au rang de « maître » actuellement) dit que l’utilisation de la particule ni (に, le caractère en jaune sur la 2e image/en partant de la droite, c’est le 2e caractère en noir sur le tableau que la prof montre avec son crayon) est incorrecte, que c’est une erreur souvent commise par les « gens médiocres », et que c’est un mot que Natsui-sensei déteste… Mais Natsui-sensei dit que s’il y a des cas où effectivement c’est inopportun, ici c’est nécessaire pour que le haiku fonctionne.

 

Et elle conclut : « Ce qu’a dit « le maître » précédemment est complètement faux ! »

 

Elle n’hésite pas à être un peu « méchante » avec lui, c’est trop mignon ahah ^^

Après avoir été félicité sur son haiku, il lui lance un « Je t’aime ! » pas forcément le bienvenue à en juger par son expression (elle est trop chou ahah !)

 

 

Seconde partie de l’émission : ikebana, calligraphie et compagnie

En général sur 1h d’émission on a 25-30mn de haiku et la deuxième partie est calquée sur le même format que les haiku. On nous présente un art et on met les invités (pas nécessairement ceux présents en première partie) en compétition.

Parmi ces arts, il y a donc :

– l’ikebana (生け花), l’arrangement floral

 

– la calligraphie ou shodô (書道), car il y a des règles bien précises et une manière de tracer les kanjis en calligraphie japonaise, et parfois les kanjis des invités sont très très moches

Le kanji « tomo » 友 écrit par une calligraphe (à droite)

 

– le moritsuke (盛り付け), en France grâce à des émissions comme Top Chef on utilise le terme « le dressage » ou « dresser une assiette », il s’agit de mettre en valeur différents aliments sur une assiette ou un plateau en utilisant des accessoires ou de la vaisselle

 

– la cuisine, où divers cuisiniers doivent préparer un plat à partir d’un certain aliment par exemple

 

– la création (芸術作品 geijutsu sakuhin), j’en ai rarement vu, juste peut-être une fois des couturières qui devaient créer un nouveau vêtement à partir de vieux kimonos

– le dessin :

* que ce soit de l’aquarelle (水彩画 suisaiga)

 

* une forme de dessin sur format carte postale avec un dessin principal et un message calligraphié à côté (etegami 絵手紙)

Ce qui est écrit sur la carte postale (notée 27/30) : 今は大好き (ima ha daisuki, maintenant, j’adore). Le dessin représente un goya, un légume d’Okinawa très amer.

 

 

Le système de notation est grosso modo le même que pour les haiku, les invités sont soit « dotés de talent » soit sont « médiocres » ou soit « sans aucun talent ». Pour certains des arts cités, avant la note se fait sur 30 et il n’y a que 4-5 invités qui concourent et qui ne sont pas des habitués de l’émission, mais au contraire apparaissent très rarement. Parmi tout ces arts, l’ikebana et la calligraphie reviennent assez souvent dans les émissions, et ce sont toujours les même « professeurs » qui jugent les invités. D’ailleurs le professeur qui juge l’ikebana (Kariyazaki Shôgo 假屋崎 省吾) est toujours hyper dynamique et gentil, j’aime beaucoup !

 

 

Voici un exemple de « battle de cuisine » entre quatre invités autour du thème du pain.

Ça tombe bien, car c’est aussi un truc amusant au Japon : le pain à la japonaise et le pain à la française, ça n’a souvent rien à voir. Si quand on me parle de pain je pense baguette fine et croquante, bâtard, pain traditionnel avec plein de farine dessus, miche de pain, le tout avec des farines différentes et des graines différentes à l’intérieur…

…quand on se rend dans une boulangerie un peu « basique », on a souvent des sortes de pains au fromage, à la saucisse, des trucs fourrés à la crème, au haricot rouge, des pains qui ressemblent à des pizzas, beaucoup de petits pains/briochés sucrés, et presque toujours (?) du pain au matcha etc… Et quand on tombe enfin sur des baguettes, elles ne sont pas forcément toutes tip-top, même si je dois avouer que j’ai goûter d’excellents pains au Japon et que généraliser c’est pas beau/c’est pas gentil. Je ne dis pas que les pains « à la japonaise » sont mauvais, loin de là ! Seulement c’est parfois désespérant de voir que ce qu’ils appellent pain est à mille lieux de mes attentes en la matière.

 

Bref après l’annonce du thème et l’explication sur comment marche la levée du pain, on voit les candidats préparer un type de pain de leur choix, la meilleure note est revenue au pain qui ressemble à une croquette frite dans de l’huile (c’est un « curry pan », un pain fourré au curry et frit… moi déjà j’appelle pas ça du pain donc je mettrais 0 mais bon), et la pire note au pain vert.

 

 

 

Voilà en gros à quoi ressemble une émission de Purebato ! (il y a plein de vidéos sur YouTube, jetez-y un oeil régulièrement ^^)

 

Je ne l’ai pas dit au début, mais à la base j’ai 0 intérêt pour les haiku.

Et puis je regardais de temps en temps cette émission, j’ai fini par m’attacher à la poétesse Natsui-sensei et aux invités, puis grâce aux sous-titres incrustés j’ai commencé à chercher le sens des mots utilisés dans les haikus… et finalement j’ai fini par y trouver un intérêt pour étudier la langue, tout en appréciant l’humour, l’ambiance avec les invités et la beauté des mots.

Je ne recommanderais pas forcément de regarder la partie « haiku » si on a 0 intérêt pour les haikus et pas d’intérêt pour la langue japonaise, mais si vous pouvez toujours trouver votre bonheur en regardant les « arts visuels » : l’ikebana ou la calligraphie, ou bien encore le dressage d’assiette.

Si vous vous intéressez à la langue, vous saurez peut-être apprécier l’intégralité de Purebato!, en tout cas ne soyez pas rebuté par l’image rigide et ennuyeux qu’on a de la poésie, le haiku c’est en réalité très visuel et vivant !

 

Cet article a été publié dans 2016, Avis, テレビ, プレッシャーバットル, プレバト, Calligraphie, célébrité, Culture, Fuji, fuji tv, haiku, ikebana, J'ai testé pour vous, Japan, Japon, japonais, jeu TV, MBS TV, Mochi Mochi, Mochi Mochi Japan, moritsuke, Moshi moshi, pain, Purebato, shudô, télé, télévision, Vie Quotidienne, 文化, 日本. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s